Numérique

Le numérique transforme nos sociétés parce qu’il change les médiations, c’est-à-dire la manière dont les acteurs échangent, se rencontrent, produisent et consomment des biens, des services, et même du savoir. Le numérique s’inscrit dans l’histoire longue du contrôle d’une société toujours plus complexe, suite à la division du travail, aux transformations socio-techniques et à la recherche d’autonomie individuelle. Mais il s’agit d’une évolution profonde qui bouleverse les anciens équilibres tant au niveau local que global et qui, on l’oublie souvent, ne bouleverse pas une société stable, mais aux prises avec la nécessaire mutation écologique. La conjugaison de ces deux transformations, le numérique et les limites planétaires, soulève des questions, comme le coût écologique des technologies de l’information ou l’utilisation des plateformes numériques pour inventer de nouvelles formes de coordination sociale, au-delà des marchés ou de la planification qui ont concentré l’attention au 20ème siècle.

Notre groupe se penche sur cette deuxième question. Les plateformes numériques tirent aujourd’hui une partie importante de leurs revenus de l’incitation à la consommation. Elles sont au coeur du dispositif global d’allocation et de partage des resources. Leur rôle sera donc déterminant dans l’évolution vers une plus grande maîtrise des interactions avec l’écosystème naturel. Par ailleurs les plateformes opèrent largement en dehors du cadre politique national, en imposant des normes comportementales sur de vastes parties du monde. Elles contribuent à remettre en cause la souveraineté des États, et occupent désormais une position politique déterminante, qu’il s’agisse du développement de l’économie, du respect des limites planétaires, de la diffusion de l’information ou de la cybersécurité. Quelles institutions pourraient donner confiance dans la construction d’un monde commun, permettant d’exploiter les nouvelles formes de coordination sociale et d’innovation offertes par les technologies numériques ?

Les territoires peuvent tirer profit de la capacité du numérique à favoriser de nouvelles intermédiations. Pour cela, ils doivent s’approprier ces moyens technologiques et économiques, établir des communs numériques qui favorisent le développement d’une économie locale vertueuse, répondant de manière inclusive aux besoins de la population et à la préservation de l’environnement local comme de l’écosystème global. L’objectif de la Fabrique est de participer à cette appropriation locale, en collaboration avec l’administration du territoire, les entreprises et les initiatives émergentes pour construire de nouvelles médiations, favorisant la résilience des territoires. Ce sont des sujets très sensibles comme l’illustrent les controverses à propos de l’application StopCovid.

Coordination pour la Fabrique

Stéphane Grumbach, INRIA, Institut des Systèmes Complexes,

Pablo Jensen, CNRS, Institut des Systèmes Complexes,