Sensibilités

Dans ce projet, nous faisons une hypothèse : une des racines de la crise écologique est la perte de sensibilité à l’égard du vivant, l’appauvrissement de ce que nous sommes capables de sentir, comprendre et tisser comme relations avec les autres vivants. Ce déficit de liens avec ce/ceux qui nous entourent mène à un rapport utilitariste à la vie humaine et non-humaine, et à leur gaspillage.

Pour changer de société et devenir “terrestres” [1], nous devons apprendre à partager, avec les autres vivants, une communauté de des­tin, sentir notre vulnérabilité mutuelle. Cela passe par les connaissances apportées par les sciences naturelles comme l’écologie, mais également par l’expé­rience intime, corporelle, du prodige d’être un vivant. En nous connectant à ce qui en nous vibre et vit, nous faisons une expérience à la fois profonde et connectée, via le corps, aux autres vivants et plus largement à “la chair du monde” [2].

Pistes de recherches (en cours d’élaboration) :

  • Recueillir des entretiens (notamment d’enfants et de militants écologistes) pour comprendre comment cette idée abstraite d’une mutation écologique d’ampleur inédite peut devenir une expérience vécue qui pousse à l’action.
  • Développer, en liens avec des associations, des initiatives concrètes favorisant cet apprentissage intime : documenter l’expérience d’une balade sensorielle dans la ville à l’aide de différents méthodologies, dont celle de Science et Art [3]: observation par le sensible des éléments, des plantes, des animaux, proposer des rencontres sensibles avec les êtres vivants non-humains, etc.
  • Ces différents terrains enrichiront une “science de l’expérience vécue”, la démarche de description fine et rigoureuse de la dimension pré-réfléchie de l’expérience, qui nous aide à mieux comprendre le vécu humain : de l’émergence d’une idée ou d’un souvenir à celle d’un amour, de l’expérience du deuil, de la solitude ou de la joie à la première rencontre avec une personne ou une œuvre d’art…

Coordination pour la Fabrique :

Magali Ollagnier-Beldame, CNRS, Interactions, Corpus, Apprentissages, Représentations

Edith Planche, fondatrice Science et Art, chercheuse associée Environnement, Villes, Société

Pablo Jensen, CNRS, Institut des Systèmes Complexes

[1] Bruno Latour, Où atterrir? comment s’orienter en politique
[2] Merleau-Ponty M. (1984). Le visible et l’invisible. Paris : Gallimard. notamment pp. 116, 189, 192.
[3] “L’art qui saisit la physis et remet du mouvement contre l’artefact comme réponse à la crise de sensibilité au vivant.” Edith Planche, Eduquer à l’environnement par l’approche sensible. Art, ethnologie et écologie, Chronique Sociale, juin 2018.